Maggie De Block n’est ‘pas Don Quichotte’**

La Ministre de la Santé, Maggie De Block, a déclaré, lors de la remise de la pétition être consciente de la problématique. Mais elle n’envisage pas de changement de stratégie. Elle entend poursuivre ses négociations avec l’industrie pharmaceutique dans le cadre du pacte d’avenir qui les lie. Test-Achat, Médecins du Monde, le Collège Intermutualiste national et la Ligue des Usagers des Services de Santé estiment que ce n’est pas une solution durable et que notre sécurité sociale est en danger.

Prix hors de prix
Depuis quelques années, les firmes pharmaceutiques demandent des prix exorbitants pour leurs nouveaux produits. On parle par exemple de près de 43.000 euros pour le traitement de l’hépatite C, mais aussi de plus de 100.000 euros pour un an de traitement du cancer du sein. Un prix correct afin de stimuler la recherche de nouvelles thérapies est nécessaire, mais la finalité des nouveaux médicaments devient de plus en plus celle d’enrichir très rapidement quelques entreprises au lieu d’améliorer nos armes pour lutter contre les maladies les plus agressives. A terme, c’est le budget de la sécurité sociale qui est en jeu.

Des innovations parfois très douteuses
La réputation innovatrice des médicaments les plus chers est souvent surfaite. S’agit-il bien d’innovations réelles ? Par exemple, le sofosbuvir n’est que la énième déclinaison d’un modèle qui a fait ses preuves depuis longtemps dans le domaine des antiviraux. Test-Achats, Médecins du Monde, l’ensemble des mutualités et la LUSS demandent donc de faire évoluer le système des brevets qui accorde trop « légèrement » des monopoles aux firmes pharmaceutiques.

Des secrets coûteux
Pour justifier les prix élevés, les firmes pharmaceutiques mettent en avant les coûts élevés de recherche et de développement des médicaments. Mais combien coûte réellement le développement d’un nouveau médicament ? L’information n’est pas publique. Par ailleurs, une part importante de la recherche a lieu dans des universités financées par des fonds publics. Les consommateurs ne devraient pas avoir à payer deux fois pour leurs médicaments, lorsque des fonds publics ont cofinancé le développement de médicaments.
Les organisations demandent donc la transparence des coûts réels de Recherche & Développement et de production.

Un problème mondial
Il ne s’agit pas d’une problématique limitée à la Belgique. Des pourparlers ont débuté à ce sujet au niveau européen. Il est grand temps que les Etats européens unissent leurs forces, notamment pour négocier ensemble les prix avec les firmes pharmaceutiques et évaluer la réelle valeur d’un nouveau médicament.

Les organisations apprécient les initiatives de la Ministre en matière de collaboration entre le Benelux et l’Autriche, mais l’encouragent à étendre les efforts en cours et à poursuivre le travail au sein des instances de l’UE.

Près de 43.000 signatures pour un autre modèle
La pétition lancée par Médecins du Monde, Test-Achats, le Collège Intermutualiste National et la LUSS pour protéger la sécurité sociale a obtenu près de 43.000 signatures. Mais elle rencontre les préoccupations d’un nombre encore plus large. En juin 2016, le KCE belge et le ZIN hollandais ont publié un rapport contenant des pistes concrètes de solutions pour sortir de l’impasse. Sur cette base, des initiatives ont déjà été prises aux Pays-Bas. Les initiateurs de la pétition demandent à la Ministre de la Santé de faire de cette problématique une priorité et d’étudier scrupuleusement les pistes proposées par le KCE.
La problématique est complexe. Beaucoup d’acteurs devront contribuer à la recherche et à la mise en œuvre de solutions. Les organisations en question souhaitent prendre l’initiative de réfléchir ensemble avec les patients, les médecins, les académiques, les ONG, les associations civiques et d’autres parties prenantes, et de mener un débat public sur l’impact de la hausse des prix et sur les solutions. L’objectif est de formuler des propositions concrètes aux autorités sur la manière dont les médicaments sont développés et dont les prix sont fixés.

**Cette phrase a été reprise des dires de Madame La Ministre : « Je ne suis pas Don Quichotte », a-t-elle prononcé lors de la rencontre.